
La graphologie est une découverte admirable du XIXe siècle, qui n’a cessé de se développer et de s’affiner avec l’expérience et les différents angles d’approche (symbolisme de l’espace, étude du trait, apport de la psychanalyse…). Mais à l’ère du numérique, le désintérêt pour l’écriture manuscrite peut constituer une menace, aussi continuons à user notre bon vieux stylo-plume !
L’expression graphique est un excellent moyen que notre inconscient a trouvé pour se projeter, et il saute sur l’occasion avec une avidité nonpareille. Laissons-le s’exprimer ! Écrire revêt ainsi un caractère thérapeutique : il existe d’ailleurs une discipline nommée « graphothérapie », pour rééduquer à la fois notre geste graphique et notre état psychique.
L’acte d’écrire n’est pas neutre : il rassemble nos expériences vécues et nos désirs aussi bien inconscients que volontaires. L’écriture est donc à la fois : impressive (nous cherchons à faire impression sur l’autre) et expressive (de nos tendances, de notre intériorité, plus ou moins acceptées et conscientisées). Ainsi, « l’écriture est à la fois image et message » (Robert Olivaux).
« En écrivant, nous projetons sur le papier des formes symboliques, vivantes en nous, qui expriment notre vie intérieure. Ou plus exactement nous modifions les formes traditionnelles, calligraphiques, d’après les idées conscientes et les images inconscientes qui déterminent notre personnalité. »
Ania Teillard
L’écriture exprime la manière d’agir du scripteur, la force de ses sentiments, de ses émotions, l’orientation de ses intérêts, son style de vie, son mode de relation, la forme de son intelligence. Ainsi, la graphologie permet de mieux connaître l’autre et aussi de mieux se comprendre soi-même.
Pour analyser une écriture, un élément revêt une importance capitale dans la compréhension d’une personnalité, ses motivations et ses compensations : c’est la signature, véritable autoportrait psychologique. Tracé libre affranchi de toutes règles graphiques, « la signature représente l’individu en réduction » (Hélène Saint-Morand), tel qu’il se voit ou tel qu’il voudrait être. Voilà pourquoi le graphologue ne peut se passer de son examen pour rédiger ses conclusions, car cet élément va confirmer ou contredire ce que racontait juste avant l’écriture.

Une science occulte ?
Le graphologue n’est ni un marabout, ni un voyant, et la graphologie n’est en rien ésotérique. Malheureusement, certains graphologues desservent la profession (qui n’est pas réglementée) en prétendant lire l’avenir dans les lignes de l’écriture comme ils le feraient dans celles de la main…
Or, la graphologie n’établit pas de pronostic mais des diagnostics, tel un médecin qui évalue l’état de santé de son patient en fonction de ses symptômes. Pour cela, l’étude de l’écriture s’appuie sur une méthodologie rigoureuse que nous ont laissée les célèbres théoriciens Michon et Crépieux-Jamin.

La graphologie est donc à la fois une science et un art :
- Une science d’observation car elle nécessite une grande rigueur d’analyse et de nombreuses années d’études ; c’est une technique qui demande à être constamment perfectionnée ;
- Un art d’interprétation parce qu’elle demande des dispositions « artistiques » telles que l’intuition, le ressenti objectif et la restitution littéraire pour l’exprimer.
C’est souvent la dose d’intuition requise qui fait dire que la graphologie n’est pas une science ; or nous en faisons tous l’expérience : lorsque nous recevons un courrier, que le scripteur nous soit connu ou non, l’écriture nous « parle » d’instinct et, selon notre propre sensibilité, elle suscite plus ou moins en nous sympathie, froideur, méfiance ou encore admiration. On devine aussi si le scripteur est dynamique ou traverse une mauvaise passe, s’il est expansif ou au contraire mal à l’aise en société.
