La graphologie est une science vivante et évolutive qui s’est constituée dans la deuxième moitié du XIXe siècle, profitant des progrès de la psychologie humaine ainsi que des découvertes de la psychanalyse.

Historiquement, le premier auteur à traiter directement du lien entre l’écriture et le caractère est l’Italien Camillo Baldi dans son ouvrage dont nous fêtons le 4ème centenaire cette année : Du moyen de connaître les mœurs et les qualités d’un écrivain d’après ses lettres missives.
Michon & Crépieux-Jamin : les théoriciens
En France, c’est un prêtre, l’abbé Michon (1806-1881), qui invente le terme graphologie. Développant les intuitions du théologien protestant Lavater, il établit une liste de signes graphologiques qui correspondent à des traits de caractère (Système de graphologie : l’art de connaître les hommes d’après leur écriture, 1875). Il fonde en 1871 la Société française de Graphologie, association d’utilité publique dont le but est de promouvoir et d’approfondir la graphologie.

La théorie et la propagation de la graphologie sont ensuite poursuivies par le Dr Jules Crépieux-Jamin (1858-1940), chirurgien-dentiste rouennais. Dans son fameux ABC de la graphologie (1ère édition en 1929), il définit une classification des signes graphiques en 8 genres : la forme, la pression, la vitesse, la dimension, la direction, la continuité, l’inclinaison et l’ordonnance. Au sein de chacune de ces catégories sont groupées des espèces permettant de définir précisément chaque graphie (écriture « grande » ou « prolongée en haut » pour la dimension, « droite » ou « redressée » pour l’inclinaison, « anguleuse » ou « stylisée » pour la forme, etc.).
Marqué par la psychologie moralisante de son époque, Crépieux-Jamin développe le concept d’écriture harmonieuse (claire, simple, sobre, aisée, ordonnée et proportionnée) qu’il attribue à l’« homme supérieur ». L’harmonie traduit en fait la capacité d’un scripteur à réconcilier ses tendances, à les vivre en complémentarité et non en opposition, à les vivre sans heurt. Elle traduit une maturité acquise, qui rend l’écriture à la fois dépouillée et élégante.
L’essor au XXe siècle

À l’étranger, deux grandes figures s’imposent : Ludwig Klages (1872-1956), philosophe et psychologue allemand qui aborde l’écriture sous l’angle du mouvement, et Max Pulver (1889-1952), psychanalyste et médecin légiste suisse qui insiste sur les projections symboliques. On peut encore citer l’Allemand Walter Hegar, qui analyse de très près le trait graphique (La graphologie par le trait, 1938). Tout graphologue qui se respecte est aujourd’hui pénétré de ces travaux éminemment fructueux.
Dans le domaine scientifique, des neuropsychologues se sont également intéressés à la graphologie (Gobineau & Perron : Génétique de l’écriture et étude de la personnalité, éd. Delachaux, 1954). Des psychologues universitaires ont aussi approfondi le sujet sous l’appellation de « Graphométrie » qui utilise des outils statistiques pour analyser scientifiquement l’écriture.

Branche des sciences humaines, la graphologie s’est développée également au contact des autres disciplines telles que la psychologie des profondeurs. Ania Teillard (1889-1978), élève de Klages et de Jung, intègrera l’apport du psychiatre suisse Jung dans son livre L’âme et l’écriture (éd. Stock, 1948).
Quel avenir ?
À l’heure du numérique, l’écriture – et donc la graphologie – sont gravement menacées. À nous de maintenir notre individualité en conservant ce qui est l’expression-même de notre personnalité : notre écriture manuscrite !
Pas deux écritures ne sont identiques, c’est bien la preuve qu’elles sont la marque de notre nature individuelle qui porte en elle toute une histoire unique au monde. En conservant l’acte d’écrire, nous permettons à notre psychisme (conscient ou non) de continuer à s’exprimer, et par là à nous libérer et à atteindre notre maturité, pleine et assumée.
Extraits de la page Wikipédia consacrée à la graphologie à laquelle nous avons contribué.
